Une famille dans la poste aux chevaux : LA FAMILLE AUREAU

Modèle 1843

 

Pendant près de 80 ans, la charge de la poste aux chevaux de Dreux avait appartenu à des familles de grands bourgeois, riches et notables de la ville. Ce sont maintenant deux générations de laboureurs, aubergistes, ou marchands qui vont prendre la relève : la famille Aureau. Grains, farines, fourrages, chevaux, fermes, toutes leurs activités les ramènent à la terre. Arrivés à Dreux, pays de vignes, venant de Chartres via Evreux, ils ne deviendront jamais vignerons. Le vin, ils le vendront à l'auberge et à la poste. Par leur famille d’alliance, les Desseaux, ils seront aussi aubergistes et rouliers.

 

Le commerce, les " petites affaires ", le prêt de l'argent (usure l'approvisionnement local en grains et fourrages dépendant souvent d'eux, la vente sur les marchés (Dreux, Châteauneuf) font partie de leurs activités et complètent leurs ressources. Parfois dans l'aisance, on les trouve aussi cousus de dettes à certaines époques. Leurs " histoires de famille " sont compliquées, remplies de chicanes, d'exploits d'huissier, de problèmes d'argent et de drames comme le montrent les rapports entre belles mères et belles filles, les mariages contestés, les successions où règnent la méfiance …

 

 

Les Aureau ne seront jamais des bourgeois ou des notables à la façon d'autres familles de maîtres de poste.

 

Avec les Aureau, la poste devient l'affaire de la famille tout entière, chacun y participant selon ses moyens et ses aptitudes : le chef de famille est maître de poste, secondé par son épouse, les autres étant postillon, aubergiste, domestique, roulier etc...

 

Cette constatation est bien mise en évidence dans deux recensements de la ville de Dreux, l'un de prairial an 6 (juin 1798) l'autre de 1816, mais particulièrement dans le premier recensement de prairial an 6, rue d'Orisson :

 

Aureau Etienne, Pierre, Louis, maître de poste, 63 ans

Desseaux Sainte, sa femme, 53 ans

Aureau Raoult (" gros Aureau "), fils ainé, 32 ans

Aureau Henri, 19 ans

Aureau Eléonor, 12 ans

Desseaux Louis, frère de Sainte Desseaux, 63 ans

Desseaux Mathurin, François, postillon, 30 ans

Justeau Urbain, postillon, 20 ans

Bertin Louis, postillon, 30 ans

Perriot Jacques, postillon, 15 ans

Desseaux Mélanie (nièce), officieuse, 20 ans

 

 

ETIENNE PIERRE LOUIS AUREAU...

 

Modèle 1819

 

Le 7 décembre 1735, Marie Gougis, soeur de Jacques Gougis, notaire à Chartres et femme d'Etienne Aureau, laboureur aux Granges, paroisse de Lucé, donne naissance à un garçon qui est prénommé Etienne, Pierre, Louis.

 

Jeune homme, il se marie le 23 janvier 1765, paroisse St Maurice à Chartres, avec Marie Sainte Desseaux, âgée de 22 ans, fille de Claude Desseaux et d'Hélène Cosnard. Claude Desseaux est marchand aubergiste à Chartres et habite " la maison où pend l'enseigne de la ville de Dreux ".

 

Il est intéressant de noter que, par vocation ou par mariage, les frères et soeurs de la mariée sont aubergistes, voituriers, ou épouse de maître de poste (Marie‑Jeanne Desseaux épouse Germain Folleau, maître de poste à Châteauneuf‑en‑Thymerais en 1764).

 

Au moment de son mariage, Etienne Aureau est métayer des dames religieuses de l'Abbaye de l'Eau à Ermenonville la Grande. Une des clauses du contrat de mariage stipule que les parents de Sainte Desseaux " consentent que lesdits futurs époux jouissent gratuitement pendant une année à compter de la bénédiction nuptiale, de la maison et dépendances où pend pour enseigne St Jacques située audit St Maurice à côté de la ville de Dreux où demeurent ledit Desseaux et sa femme."

 

 

Ces deux auberges se trouvent sur la route de Chartres à Châteauneuf. Le jeune couple va donc habiter cette auberge mais pas longtemps car dès 1766 on le retrouve à Evreux où il tient l'auberge où pend ['enseigne du " Cheval blanc ", paroisse St Aquilin, comme en témoignent les actes relevés sur le registre paroissial et plusieurs reconnaissances de dettes en faveur d'Etienne Aureau.

 

Sept enfants sont nés à Evreux et leur destinée ne manque pas d'intérêt

 

- Jean Etienne, dit " gros Aureau ", végétera toute sa vie comme domestique dans le relais de son frère et mourra subitement dans la nuit du 31 décembre 1821.

 

‑ Pierre Etienne, né à Evreux, tiendra l'auberge Sainte Barbe, faubourg St Thibault à Dreux.

 

‑ François, le cerveau et le trésorier de la famille, changera plusieurs fois de métier : postillon chez son père, rue d'Orisson, le 5 brumaire an 3 (26 octobre 1794), probablement pour éviter la réquisition, puis aubergiste au Val Gelé, il deviendra laboureur, marchand de chevaux, marchand de farine, meunier et propriétaire du moulin de l'Aumône (en 1819) pour finir ses jours rue Parisis le 28 mars 1840 à l'âge de 68 ans. Sa tombe existe toujours au cimetière de Dreux.

 

Possédant en 1830 vingt six parcelles de terre sur la commune de Vernouillet (matrice cadastrale), il a habité Nuisement, commune de Vernouillet dont il a été maire à plusieurs reprises : de 1813 àl 816 ; 1821 à 1822 ; de 1827 au 31 octobre 1829. En 1830 et 1832, il représente les propriétaires à l'assemblée des contribuables les plus imposés et figure sur le rôle des impôts avec les numéros 9 et 11.

 

‑ Joseph mènera une vie d'aventurier. Sur un coup de tête il quitte ses parents et s'embarque pour St Domingue à bord du navire " la Ville du petit Grave ". Membre de l'équipage, il est cuisinier, boulanger. Mais le bateau est pris par les Anglais le 4 juin 1794.

 

 

Pages extraites de « La Poste aux Chevaux »

Par un groupe de l’ U.D.R.T.L. RUE Sénarmon, Dreux.