Les malheurs de la guerre

Avant la guerre en 1600

la densité d'occupation en milieu rural est de 17 à 18 habitants par kilomètre carré ; les villages comptent en moyenne 150 à 200 habitants ; les 3/4 des villages du duché de Lorraine ont moins de 210/225 habitants ; le taux d'urbanisation est faible : avec les villes, le duché compte 22 habitants au km2. Le pays est donc relativement peu peuplé et peu urbanisé en comparaison avec la plupart des provinces françaises.

Nancy a 16 000 habitants en 1628 : Metz, 19 000 sans la garnison.

Après la guerre

La guerre de trente ans et surtout les épidémies de peste bubonique et de typhus, qui l'accompagnent, provoquent la plus grande catastrophe économique et démographique de l'histoire de la Lorraine. Les sources manquent pour l'examen du creux de la vague vers 1650-1655; elles permettent par contre de voir la situation en 1668, c'est-à-dire après le début du redécollage.

La densité en milieu rural est passée de 17/18 à 7 habitants au km2 ; La taille moyenne des villages tombe de 150-200 à 60 habitants. D'une manière globale, la perte démographique est de 60% (pour environ 50% en Alsace, 30 à 40% en Champagne, orientale surtout). Mais la chute est inégale : relativement moyenne vers le sud (office d' Arches : 42% ) considérable au nord et au nord-est (office de Bitche 80%; office de Sierck : 87%).

La population de Nancy est tombée de 16 000 à environ 5 000 en 1656. Metz moins fortement atteinte a 15 000 habitants en 1637, mais décline encore dans les années suivantes dans une proportion mal connue.

Le repeuplement

Malgré de grandes difficultés, la restauration économique et démographique est tentée à partir de 1660 environ. Elle est le fait aussi bien du duc Charles IV, revenu à la tête de ses états de 1661 à 1670, que du roi de France, soucieux de remettre en état un pays dont il compte devenir définitivement le maître.

Parmi les mesures, destinées à relancer les activités de sa capitale, Charles IV apporte un large soutien aux manufactures : draps à la façon d'Angleterre création en 1664), soieries etc. Les artisans, qui s'installeraient dans la ville, bénéficieraient de la dispense du droit de bourgeoisie (c'est à dire d'entrée dans la ville), des impôts pendant six ans, du logement des militaires, et même du chef-d'oeuvre habituellement requis (1665-1668). Celui qui restaurerait une maison ruinée ou en construirait une nouvelle serait dispensé des charges fiscales sa vie durant. Par ailleurs deux nouveaux marchés sont ouverts dans la Ville-Vieille. Ces mesures portent effet, mais Nancy ne retrouve pas sa population antérieure (elle ne dépasse que de peu 10 000 habitants).

L'économie rurale a été totalement désorganisée : terres retournées en friches ou en forêts; confusions des parcelles, des soles et des bans; endettement des particuliers et des communautés d'habitants; désertion de certains villages; seigneuries tombées en déshérence, etc. Charles IV exige une déclaration des biens vacants avec procès-verbal des témoignages des plus anciens habitants (1664). Louis XIV légifère entre 1671 et 1698 par l'intermédiaire du Parlement de Metz et entame une politique de remembrement c'est-à-dire de remise à l'état ancien des droits et propriétés : c'est le cas à Eblange (1683),à Filstroff (1692), Boulay (1696), etc. On s'efforce donc de rétablir les structures traditionnelles.

Déjà il a été fait appel à l'immigration. Dés 1663 on note la présence de colons originaires de Picardie et du Vermandois, en particulier autour de Dieuze et Lorquin. L'intendant français Marc-Antoine Turgot évoque en 1697 l'exemption fiscale de douze années "ce qui attira de nombreux Picards du Laonnais, du Soissonnais et du Valois, lesquels étant laborieux se sont retirés en ces pays-ci où ils forment des commencements de villages et agrandissent leurs bans dans les bois par défrichements". Incontestablement le redressement démographique est sérieusement amorcé au cours du dernier tiers du XVII° siècle : pour 18 villages de l'office de Bitche, 114 conduits (ou feux) en 1677 et 215 en 1700.

 

Extraits du texte de Guy CABOURDIN du 03 Mars 2000 pour FranceGenWeb.

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